Tourbières en Hautes-Fagnes
Le rôle des sphaignes dans les tourbières
Les tourbières constituent un milieu qui s’est développé depuis la dernière glaciation il y a plusieurs milliers d’années. Dans leur processus de formation, les sphaignes jouent un rôle capital.
Les sphaignes sont des mousses capables de stocker une grande quantité d’eau. Elles rendent leur milieu environnant acide en captant les nutriments des eaux de pluie.
En raison du taux élevé d’acidité causé par la présence des sphaignes et du manque d’oxygène en profondeur, les matières organiques mortes ensevelies ne se décomposent que dans une faible mesure.
Elles s’accumulent donc depuis des milliers d’années entre le couvert végétal et le sol minéral.
Le rôle de l'eau dans les tourbières
Au fil du temps, c’est sur plusieurs mètres que se sont accumulées les couches de tourbe caractéristiques des tourbières hautes. De cette manière le couvert végétal s’élève de plus en plus au fil du temps.
Petit à petit, les sphaignes, grâce à leur pouvoir d’absorption, tirent également la nappe phréatique vers le haut. Dans les couches de tourbe humides en permanence, qui croissent millimètre par millimètre, le niveau de l'eau se trouve à hauteur des sphaignes. Ainsi, le niveau de la nappe phréatique s’élève progressivement.
Lorsque l’eau est détournée des couches de tourbe supérieures, au moyen de fossés de drainage, les sphaignes se dessèchent et dépérissent. D’autres plantes, comme la molinie, se développent et la tourbe cesse de s’accumuler. La tourbière "active" se transforme en tourbière dégradée.
Le drainage et ses consequences
Dans le passé, le drainage des zones fagnardes fut pratiqué à grande échelle. Les surfaces tourbeuses étaient considérées comme des terres sans valeur, et l’homme chercha, jusqu’à la fin du 19° siècle, à exploiter la tourbe et à cultiver ces terrains.
Les tourbières actives sont aujourd’hui les milieux de la plus haute valeur écologique. Des 1.000 ha existant à l’origine, il n’en reste pas plus de 100.
Elles se répartissent en trois îlots dans les zones C de la Fagne Wallonne, de Cléfaye et dans la Fagne de Misten en zone D. Même ces surfaces minuscules sont menacées.
Dans ces trois petits îlots, entourés d’environ 4.000 ha de molinie, l’eau des précipitations est retenue dans les couches supérieures de la tourbière par les sphaignes.
Au contraire, dans les zones à molinie, l’eau s’infiltre vers le bas dès la fin de l’averse. Le niveau de l’eau dans les tourbières actives demeure ainsi plus haut que dans les surfaces dégradées.
L’eau (en vertu du principe physique des vases communicants) a toujours tendance à conserver le même niveau. Ainsi, l’eau plus basse des zones à molinies tire le niveau d’eau plus haut des tourbières intactes vers le bas.
C’est pourquoi l’eau s’échappe des tourbières actives particulièrement à leurs bordures externes. Ici, les sphaignes s’assèchent et sont évincées par la molinie. Les tourbières actives sont donc ainsi rongées à partir de leur périphérie. La responsabilité revient aux zones limitrophes asséchées.
Les mesures et leur fonctionnemente
L’objectif des mesures de restauration du milieu naturel des tourbières est d’enrayer la diminution du niveau d’eau à la périphérie des tourbières actives. Ce but est poursuivi grâce à la réalisation d’un nombre important de surfaces de restauration dans les aires occupées par la molinie en bordure des tourbières intactes. La molinie et une couche de 20 cm de tourbe sont enlevées de manière à constituer une surface où l’eau reste plus disponible. De la sphaigne est plantée sur cette couche humide. La sphaigne se développe abondamment et peut ainsi freiner la chute du niveau d’eau aux alentours. De cette manière, sur plusieurs dizaines d’années, la tourbière se sera lentement étendue.
Les tourbières ne doivent pas seulement être protégées par des mesures passives à l’égard des visiteurs, mais aussi grâce à des mesures actives d’aménagement de biotope.
Un autre problème, encore loin d’être résolu, est l’impact négatif de la pollution de l’air due au trafic, à l’industrie, l’agriculture qui augmentent l’apport en substances nutritives. Ces dernières années, on a également observé l’installation de la canche flexueuse dans les tourbières hautes. Cette plante n’est pas typique des tourbières. Son apparition doit être mise en relation avec l’enrichissement du sol en nutriments.


