L'eau en Hautes-Fagnes
La situation exposée du haut plateau fagnard, qui s’élève juste après la basse Belgique, explique cette abondante pluviosité et l’importance des chutes de neige, nettement moins considérables dans les territoires environnants. Lorsque les nuages venant de l’océan Atlantique butent contre le relief fagnard, ils doivent nécessairement s‘ élever pour poursuivre leur course vers l’est. Ce phénomène provoque le refroidissement de l’air qui libère une part de sa teneur en eau sous forme de pluie ou de neige.
Les Hautes – Fagnes connaissent donc un climat davantage pluvieux et froid en comparaison aux régions limitrophes. Elles montrent également une distribution de précipitations très caractéristiques: elles se concentrent principalement en automne, en hiver et en début d’année, alors que leur importance chute au commencement de l’été vers des moyennes peu élevées. C’est pour cette raison qu’en été, des dangers d’incendie sont fréquents vu l’assèchement des sols tourbeux. Les plus importantes chutes de neige interviennent en janvier, février et mars, la haute saison pour les sports d’hiver.
Tourbères hautes actives
L’eau joue un rôle essentiel dans le développement et la conservation des tourbières hautes. Grâce à leur couche de tourbe, ces dernières conservent l’eau des précipitations à la manière d’une éponge démesurée. Elles ne la laissent s’échapper que très lentement vers les ruisseaux avoisinants. L’assèchement artificiel des tourbières au cours des cent dernières années a endommagé gravement les zones intactes ou les a irrémédiablement détruites.
Barrages
L’abondance de l’eau joue aussi un rôle significatif pour les régions voisines. Les précipitations récoltées par les ruisseaux terminent leur périple dans des lacs de barrages.
La construction de barrages débuta dans la seconde moitié du 19° siècle, à l’origine pour limiter les crues des ruisseaux. Aujourd’hui, les Hautes – Fagnes sont ceinturées par une dizaine de barrages répartis sur les territoires belge et allemand.
Ce sont les barrages établis sur les rivières suivantes: la Gileppe, la Vesdre, le Wehebach, le Dreilägerbach, la Rur, le Urft, le Kallbach, le Perlenbach, l’Olef ainsi que sur la Warche à Bütgenbach et Robertville.
La production d’eau potable et les activités de loisirs jouent maintenant un rôle important, la production d’électricité dans une moindre mesure.
De nombreux ruisseaux prennent leur source en Fagne: la Vesdre, la Helle, le Getzbach, la Rur, et bien d’autres. Sur la crête qui court de la Baraque Michel à Botrange se situe une ligne de partage des eaux qui sépare les bassins des différentes rivières fagnardes: la Helle et la Vesdre au nord, la Rur à l’est, et le cours de la Warche au sud. A terme, l’ensemble des eaux fagnardes se jettent dans la Meuse.
Ruisseaux fagnard, ruisseaux ardennais
Lorsqu’on suit le cours des ruisseaux du haut plateau fagnard jusqu'au bord de celui-ci, on remarque que les ruisseaux sont d’abord de type fagnard dans les zones les plus élevées et de type ardennais au delà des limites de la fagne.
Sur le haut plateau, l’écoulement de l’eau forme d’abord des filets d'eau dans la tourbe qui s’élargissent peu à peu pour devenir des ruisseaux aux limites des Fagnes. L’eau des ruisseaux fagnards présente une couleur brunâtre suite à son séjour dans la tourbe. Elle est limpide.
Seules quelques formes de vie peuvent supporter un pH aussi bas. Les poissons sont ainsi absents de ces eaux.
La variété des espèces d’insectes est également limitée. Les algues sont essentiellement des diatomées microscopiques qui se développent en un tapis brunâtre sur les pierres. Elles se distinguent des espèces des ruisseaux ardennais.
Sur le haut plateau lui-même, les ruisseaux coulent avec une faible déclivité et peu de force d’érosion.
Ce sont des substances lessivées de la tourbe et combinées à des particules d'argile qui forment les écumes flottantes d'une couleur blanc sale. Ces dernières ne sont donc pas dues à une pollution artificielle, mais le résultat d'un phénomène naturel.
Avec toutes ces propriétés, un tel ruisseau entre dans la catégorie des ruisseaux fagnards.
Dès que ces ruisseaux atteignent les limites du haut plateau fagnard, ils reçoivent des eaux moins acides mais plus chargées en éléments minéraux. Les ruisseaux deviennent plus larges, leur pH s’élève et leur couleur brunâtre s’estompe peu à peu. Leur pente et leur rapidité s’accentuent en descendant bruyamment du haut plateau vers les vallées de l’Eifel et de l’Ardenne, comme le Bayehon et sa petite chute d’eau à deux pas d’Ovifat.
Avec la rapidité du courant, la force d’érosion augmente, emportant maintenant des éboulis. Des poissons apparaissent au-delà des limites fagnardes : truites de rivière, loches, goujons et lamproies. La variété des insectes s’enrichit pareillement : larves d’éphémères et de libellules sont fréquentes. Le ruisseau fagnard s’est transformé en un typique ruisseau ardennais ou de l’Eifel.
Eaux minérales, pouhons
De nombreuses sources fagnardes, dont les eaux surgissent du sous-sol rocheux situé sous la couche tourbeuse, suite à leur long séjour dans le sol et leur saturation en anhydrides carboniques, sont particulièrement acides.
Ces eaux ont dégagé des ions de fer du sous-sol rocheux. Une fois à l’air libre, les particules de fer s’oxydent pour former de la rouille et donner à l’eau une couleur orange. De telles sources sont appelées "pouhons" comme le Pouhon Pietkin, dans les environs de Sourbrodt, dénommé ainsi en souvenir d’un ancien prêtre de la paroisse.


